Le séisme de la Lorca aggravé par une surconsommation d’eau ?

Quel est le lien entre une agriculture et un élevage intensifs gourmands en eau et le séisme qui a frappé la ville de Lorca le 11 mai 2011 ? Aucun a priori, si ce n’était celui que met en évidence une étude de sismologues de l’université de l’Ontario. La petite ville de Lorca a été frappée par un séisme, de magnitude de 5,1 sur l’échelle de Richter, qui a fait, en plus des sérieux dégâts matériels, 9 morts, 130 blessés, et 15 000 sans abris.

Des sismologues de l’université de l’Ontario ont, dans leur récente étude, trouvé un lien entre la surexploitation de la nappe et l’intensité du tremblement de terre. Durant les 50 dernières années, le niveau de la nappe a baissé de 250 mètres, essentiellement du fait de l’utilisation de l’eau par l’homme. En effectuant des simulations sur le lien entre l’activité sismique et le niveau des eaux souterraines, ils ont mis en évidence le fait que cette perte de volume a provoqué une rupture de la croûte terrestre à proximité de la faille Alhama de Murcia, qui correspond à la zone de convergence entre les plaques tectoniques eurasienne et africaine. La rupture a abouti à une réaction élastique de la croûte qui a accentué la pression sur la faille. Cela pourrait expliquer l’importance de la rupture à une aussi faible profondeur.

Il s’avère que l’épicentre du séisme se trouvait à seulement 3 km de profondeur, sur la faille Alhama de Murcia, et se situait à proximité d’une nappe phréatique dont le niveau à beaucoup baissé ces dernières années. La ville de Lorca est située dans le sud-est de l’Espagne, dans la région de Murcie. Cette nappe en plus d’alimenter en eau la population de Lorca sert son économie, qui repose en partie sur l’agriculture intensive et l’élevage porcin, toutes les deux très gourmandes en  eau, ajoutons à cela le boom du tourisme. En d’autres mots, les produits de la région vendus dans le reste de l’Europe qui ont soutenu l’économie locale, auraient fragilisé les fondations sur lesquelles la ville s’est construite, entrainant de millions d’euros de dégâts et des pertes humaines. Le problème remonterait aux années 60 quand la région Murcie décida d’intensifier sa production agricole et privatisa l’eau sous-terraine. Bien qu’une loi  limite le pompage d’eau, ce dernier continue ; on estime que 80% des puits pourraient être illégaux.

L’extraction de l’eau aurait très probablement accéléré un processus naturel sans déclencher la secousse à elle seule. Cette étude serait une première, en évoquant le possible lien entre un important séisme et l’exploitation d’une ressource sous-terraine par l’homme. 

60% de l’eau utilisée en France sert au refroidissement des centrales nucléaires.

En 2012, 39 départements étaient concernés par des restrictions d’eau (42 en 2011). Quarante-quatre des cinquante-huit réacteurs nucléaires en activité sont situées à proximité d’un fleuve ou d’une rivière(les quatorze autres sont en bord de mer). Les sécheresses que connait régulièrement le pays, peuvent-elles être à l’origine  d’une pénurie d’électricité ?

Eric BESSON, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie au sein du troisième gouvernement Fillon, avait mis en place en 2011, une cellule de veille sur la sécurité d’approvisionnement électrique de la France. Cette cellule a été créée en raison de l’exceptionnelle sécheresse que les français ont connue cette année. La sécheresse conduit à une diminution du débit dans les cours d’eau, ce qui peut avoir des conséquences sur l’électricité fournit par nos centrales nucléaires.

Il existe un lien fort entre le niveau des cours d’eau et le fonctionnement des centrales nucléaires (voir encadré). Sur les 19 centrales nucléaires françaises, presque toutes sont dans des zones en déficit d’eau. Quelles seraient les conséquences sur les réacteurs s’il venait à manquer d’eau ?

Lorsque le niveau d’eau d’une rivière baisse et dépasse un seuil d’alerte, et qu’il n’y a plus suffisamment d’eau pour les refroidir, les centrales nucléaires sont contraintes de réduire leur puissance  voire de stopper leur activité. L’arrêt d’un réacteur nucléaire doit être un minimum planifié, car même stoppé, il doit être continuellement être refroidi. En effet, si l’eau du circuit secondaire (qui lorsque transformée en vapeur, fait tourner la turbine produisant ainsi de l’électricité) n’a plus besoin d’être refroidie, le combustible qui se trouve dans la cuve du réacteur, quant à lui, continue de dégager de la chaleur et doit donc toujours être refroidi.

Il est question ici de sécurité énergétique. Aujourd’hui, le nucléaire représente 80% de notre mix énergétique. Parce qu’il ne rejette pas de CO2, les pros nucléaires explique que cette source d’énergie est une arme de lutte contre le réchauffement climatique. Cependant la bataille semble perdue sur ce front là. En effet, c’est ce même réchauffement climatique qui entraine à la fois une généralisation de la climatisation (et donc une augmentation de la demande en électricité) ainsi qu’un déficit des précipitations en été. Ce dernier impose de son côté, une réduction de la puissance des centrales. On se retrouve en quelque sorte dans un cercle vicieux énergétique. La question se pose, et si le futur de l’énergie, c’était moins d’energie ?

Les crises de l’eau dicteront-elles notre régime alimentaire ?

Les problèmes de stress hydrique nous imposeront des changements radicaux dans notre régime alimentaire. C’est ce que nous annonce une étude de la Stockholm International Water Institute qui sort alors que se déroule la semaine mondiale de l’eau (du 26 au  31 août à Stockholm) sur le thème « sécurité de l’eau et sécurité alimentaire ». Si nous continuons de suivre le régime alimentaire « occidental », alors la quantité d’eau disponible pour produire des denrées alimentaires sera insuffisante pour les 9 milliards d’humains qui habiteront notre planète en 2050. Afin d’éviter cette grave pénurie alimentaire annoncée, la population mondiale n’aura d’autre choix que de passer à un régime pratiquement végétarien.

Il existe une corrélation entre stress hydrique et crise alimentaire, et nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle à l’échelle mondiale dans les cinq prochaines années (en 2008, les pénuries alimentaires ont amené des troubles dans 28 pays). La surconsommation, la malnutrition et le gaspillage (1/4 de la nourriture produite dans le monde est jeté) sont en augmentation ; le besoin d’augmenter la production alimentaire (en 2050, elle devra augmenter de 70% pour satisfaire les besoins de la population mondiale) devra faire face à la contrainte de pénurie d’eau (ne parlons pas de la concurrence des autres usages de l’eau : énergie, industrie, piscine…).

Rappelons tout d’abord que la consommation de viande représente la seconde source d’émission de gaz à effet de serre (derrière le bâtiment et devant le transport). Ainsi, la production de viande participe de manière non négligeable à l’augmentation de la température de la Terre, et donc à la modification du cycle d’inondations et de sécheresses. Cette situation amènera une baisse des rendements agricoles et des revenus des paysans pauvres. La famine et la malnutrition s’aggraveront alors dans les populations à risque (Afrique Sub-saharienne, Moyen-Orient, et Asie du Sud) qui dépendent énormément de l’agriculture pour subsister et souffrent déjà de la pénurie d’eau

De plus, il est important de considérer notre régime alimentaire comme un moteur, et d’y optimiser son efficacité. Or, avec une alimentation aussi carnée, c’est loin d’être le cas : pour obtenir un steak de 450 grammes, il faut utiliser 4 kilos de céréales fourragères, soit un rendement de 11% seulement ; un hectare de céréales apporte cinq fois plus de protéine que ce même hectare utilisé pour produire de la viande ; un tiers des céréales cultivées aujourd’hui dans le monde sert à nourrir du bétail et non des êtres humains… Pour pouvoir nourrir la population mondiale dans les décennies à venir, et faire face à une plus grande pression sur l’eau et les terres disponibles, il faudra donc rentre notre moteur alimentaire beaucoup plus efficace en réduisant considérablement notre consommation de protéines animales (on parle d’une réduction d’au moins 15%).

Faut-il faire de la viande un bien de luxe réservé aux riches, et condamner des millions de paysans pauvres à la malnutrition ? Bien sûr que non. Il est donc urgent d’élaborer une  nouvelle recette.

Adopter un régime davantage végétarien apparait donc comme une solution pour avoir davantage d’eau disponible pour cultiver plus d’aliments. Un régime riche en protéine animale consomme 5 à 10 fois plus d’eau qu’un régime végétarien. Aujourd’hui, il n’existe quasiment aucune politique visant à nous préparer à cette transition alimentaire. Nos dirigeants n’osent-ils donc pas s’attaquer au régime carné auquel nous sommes tant attachés ?

L’affaissement des temples d’Angkor

Siem Reap avec son aéroport international accueille un million de touristes par an, venus du monde entier, pour  visiter les fameux temples d’Angkor Wat. Année après année, les habitants ont pu profiter de l’explosion de l’activité touristique. Dans le même temps, ils ont constaté la baisse du niveau d’eau autour des temples ou ont été victimes de périodes de sécheresse plus intenses. Cette fois ce n’est pas le dérèglement climatique qui est pointé du doigt, mais la surconsommation d’eau dû au tourisme de masse ! Et c’est peut-être bien les temples eux-mêmes qui vont en faire les frais.

Dans un article précédent nous avions expliqué comment l’ingénierie derrière les temples donnait une place centrale au système d’irrigation. La fondation des temples repose sur ce même système. En effet les blocs de pierre qui constituent les temples sont  sur du sable saturé en eau et donc renforcé. Ce sable saturé supporte le poids des blocs. Si le sable venait à manquer d’eau et ainsi à ne plus être saturé en eau alors il ne pourrait plus supporter le poids des blocs des pierres. Le résultat est que les temples millénaires d’Angkor s’affaisseront. Le choix des sites par les ingénieurs angkoriens n’était pas anodin, ils ont choisi des zones avec un niveau d’eau souterrain élevé. Le niveau varie selon les saisons, d’où l’existence de douves  qui ont deux fonctions : récupérer l’eau de pluie pour prévenir des inondations, puis utiliser cet eau pour le mélanger avec le sable en cas de baisse du niveau des eaux. Plus concrètement, si le niveau du sol baissait de 5 cm alors les temples craqueront…

La baisse actuellement constatée est due à la surconsommation d’eau. A Siem Reap on recense près de 200 guest-houses et 121 hôtels. Avec sa seule usine de traitement d’eau, la ville ne peut distribuer que 8 000 m3  d’eau par jour, soit un tiers seulement de la demande. Pour satisfaire leurs besoins, les hôteliers ont construit pour quelques milliers de dollars un puits sur leur terrain.

Les touristes viennent pour admirer l’architecture des temples, mais leur présence de plus en plus importante risque de les mettre en danger. Faut-il alors virer les touristes ? La réponse est évidemment non. Des campagnes ont été lancées pour économiser l’eau. Les hôteliers pensent que c’est aux autorités de satisfaire la demande, pour qu’ils n’aient plus à puiser l’eau dans les puits. La population locale, elle, demande que le gouvernement privilégie leur consommation. Les autorités de distribution  d’eau feront appel en 2012 à la compagnie coréenne KDC, et leurs achèteront 17 000 m3 d’eau par jour. Avec ce nouveau volume, 60% de la demande des hôtels sera satisfaite. Un projet, de 85 millions USD, de prélèvement d’eau du Tonlé Sap est prévu. Il pourra apporter 30 000 m3 d’eau par jour d’ici 2022, et 68 000 m3 en 2030 et satisfera ainsi la demande de 400 000 résidents et de 400 000 touristes…

On voit à travers ce cas que ce n’est pas uniquement une question de faire de bonnes affaires, ou de croissance économique, mais aussi de l’image de la population; si les temples d’Angkor devaient s’effriter ou changer et si aucune réparation n’était possible, alors le Cambodge perdra de son prestige, de son esprit et de sa fierté nationale avec des conséquences importantes sur le tourisme et donc sur l’économie.

 

Engagement n° 42 de François Hollande : la tarification progressive de l’eau

En ce jeudi 26 Janvier, en pleine campagne présidentielle, le candidat du Parti Socialiste, François Hollande dévoile ses 60 engagements. Une de ces propositions à attirer notre attention ici à la blogEAUsphère, la proposition 42 :

« Je ferai adopter une nouvelle tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz afin de garantir l’accès de tous à ces biens essentiels et d’inciter à une consommation responsable. Elle permettra de faire sortir de la précarité énergétique 8 millions de Français. »

Dans un précédent article nous avions traité de l’exemple de la commune de Viry-Chatillon applique qui à sa manière, déjà une telle tarification. Cela consiste à faire varier le prix de l’eau selon des paliers de volume. Ainsi le prix des premiers volumes serait plus bas, et la consommation des volumes suivant pour des utilisations « non essentielles »de l’eau coûteraient plus chères. Même si cela devrait concerner en priorité 8 millions de personnes en situation précaire, on peut se poser des questions sur la mise en œuvre d’une telle proposition à un niveau national. Par exemple, est-ce que cela veut dire plus de compteurs intelligents pour suivre la consommation en temps réel ?

Dans tout les cas, on peut espérer que cet engagement, que l’on soit pour ou contre, donne davantage de visibilité au débat sur le prix de l’eau en France.