Les crises de l’eau dicteront-elles notre régime alimentaire ?

Les problèmes de stress hydrique nous imposeront des changements radicaux dans notre régime alimentaire. C’est ce que nous annonce une étude de la Stockholm International Water Institute qui sort alors que se déroule la semaine mondiale de l’eau (du 26 au  31 août à Stockholm) sur le thème « sécurité de l’eau et sécurité alimentaire ». Si nous continuons de suivre le régime alimentaire « occidental », alors la quantité d’eau disponible pour produire des denrées alimentaires sera insuffisante pour les 9 milliards d’humains qui habiteront notre planète en 2050. Afin d’éviter cette grave pénurie alimentaire annoncée, la population mondiale n’aura d’autre choix que de passer à un régime pratiquement végétarien.

Il existe une corrélation entre stress hydrique et crise alimentaire, et nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle à l’échelle mondiale dans les cinq prochaines années (en 2008, les pénuries alimentaires ont amené des troubles dans 28 pays). La surconsommation, la malnutrition et le gaspillage (1/4 de la nourriture produite dans le monde est jeté) sont en augmentation ; le besoin d’augmenter la production alimentaire (en 2050, elle devra augmenter de 70% pour satisfaire les besoins de la population mondiale) devra faire face à la contrainte de pénurie d’eau (ne parlons pas de la concurrence des autres usages de l’eau : énergie, industrie, piscine…).

Rappelons tout d’abord que la consommation de viande représente la seconde source d’émission de gaz à effet de serre (derrière le bâtiment et devant le transport). Ainsi, la production de viande participe de manière non négligeable à l’augmentation de la température de la Terre, et donc à la modification du cycle d’inondations et de sécheresses. Cette situation amènera une baisse des rendements agricoles et des revenus des paysans pauvres. La famine et la malnutrition s’aggraveront alors dans les populations à risque (Afrique Sub-saharienne, Moyen-Orient, et Asie du Sud) qui dépendent énormément de l’agriculture pour subsister et souffrent déjà de la pénurie d’eau

De plus, il est important de considérer notre régime alimentaire comme un moteur, et d’y optimiser son efficacité. Or, avec une alimentation aussi carnée, c’est loin d’être le cas : pour obtenir un steak de 450 grammes, il faut utiliser 4 kilos de céréales fourragères, soit un rendement de 11% seulement ; un hectare de céréales apporte cinq fois plus de protéine que ce même hectare utilisé pour produire de la viande ; un tiers des céréales cultivées aujourd’hui dans le monde sert à nourrir du bétail et non des êtres humains… Pour pouvoir nourrir la population mondiale dans les décennies à venir, et faire face à une plus grande pression sur l’eau et les terres disponibles, il faudra donc rentre notre moteur alimentaire beaucoup plus efficace en réduisant considérablement notre consommation de protéines animales (on parle d’une réduction d’au moins 15%).

Faut-il faire de la viande un bien de luxe réservé aux riches, et condamner des millions de paysans pauvres à la malnutrition ? Bien sûr que non. Il est donc urgent d’élaborer une  nouvelle recette.

Adopter un régime davantage végétarien apparait donc comme une solution pour avoir davantage d’eau disponible pour cultiver plus d’aliments. Un régime riche en protéine animale consomme 5 à 10 fois plus d’eau qu’un régime végétarien. Aujourd’hui, il n’existe quasiment aucune politique visant à nous préparer à cette transition alimentaire. Nos dirigeants n’osent-ils donc pas s’attaquer au régime carné auquel nous sommes tant attachés ?

Water Hackaton: quand les hackers s’attaquent à l’eau !

Wikileaks, Anonymous, ou encore le Piratenpartei Deutschland, le parti pirate allemand qui fait une percée outre Rhin (10% d’intention de vote pour les prochaines élections législatives). Même si la manière de faire diffère, disons-le, la « culture hacker » monte sur le devant de la scène cette année et s’accompagne d’une nouvelle approche pour traiter les problèmes de ce monde. L’eau, l’un des défis majeurs de notre génération, n’échappe bien sûr pas à cette tendance.

Ainsi du 21 au 23 Octobre dernier s’est tenu le premier « water hackaton », soit 3 jours de brainstorming entre des programmateurs et des spécialistes du monde de l’eau pour trouver des solutions et innovations pour faire face aux défis liés à l’eau tels que : l’assainissement, l’accès à l’eau, la sécheresse et les inondations ou encore l’irrigation. L’évènement, sponsorisé entre autres par la Banque Mondiale, s’est tenu dans une dizaine de grandes villes dans le monde dont Washington DC, Tel Aviv, Lagos et Bangalore. Les participants de chacune de ces villes, cherchent des solutions relatives à leur région respective.

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L’eau est-elle un bien économique comme les autres ?

Le débat n’est pas récent et a déjà fait couler beaucoup…d’encre. La question de la gestion des ressources en eau douce est complexe et concerne acteurs privés et acteurs publiques. Ceux-ci n’ont pas systématiquement les mêmes intérêts. Doit-on les opposer ?

Le coût de l’eau

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L’eau a un coût dès lors qu’on doit la rendre potable et la transporter. Evoquer la notion de bien économique pour parler de l’eau est une révolution culturelle née lors de l’affirmation des principes de Dublin (1992). Si l’eau a été très peu onéreuse dans les pays où on la trouvait en abondance des siècles durant, il est nécessaire de la traiter, de la transporter afin de la fournir aux consommateurs dans les meilleures conditions.

Le secteur de l’eau implique des investissements considérables en matière d’infrastructure, ce qui conduit à ce que la plus grande partie du coût de l’eau provienne de l’amortissement et de la maintenance des équipements, auxquels s’ajoutent les charges liées à l’exploitation.

Avant 1998, 90 millions de personnes avaient recours à des eaux produites par de grandes multinationales. Ce chiffre est ensuite passé à plus de 250, et on ne peut que l’extrapoler à la hausse depuis. Le marché n’est pas anodin dans cette situation. Les installations nécessaires à l’exploitation de l’eau sont toujours plus coûteuses, et par conséquent les firmes répercutent ces coûts d’exploitation sur les prix de l’eau.

Aujourd’hui, et malgré les encouragements de la Banque mondiale dans les années 1990, une faible partie du marché de l’eau reste privatisé et la plupart des eaux douces de la planète sont encore gérées par des instances publiques. Ce qui ne manque pas d’aiguiser les volontés des grandes firmes afin de récupérer des parts de marché…

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Nestlé, bientôt victime de la discorde du Congrès ?

Des représentants du Congrès américain se plaignent de dépenses concernant l’eau en bouteille.

Selon « The Corporate Accountability International » la Chambre des représentants dépense environ 860 000 dollars par an en bouteilles d’eau. Environ 70 % de  l’eau en bouteille achetée par le Congrès américain provient du groupe Nestlé. Le groupe suisse, leader de ce marché, pourrait alors être victime de la colère des représentants.

La responsabilité financière : nouvel objectif du Congrès

George S. Hawkins, general manager of DC’s Water and Sewer Authority, a déclaré  lors de la publication d’un rapport sur les dépenses du Congrès :

« If fiscal responsibility is the aim of the incoming Congress, I would remind them that our tap water costs about a penny a gallon, and bottled water costs hundreds of times more,”*

Ce rapport financier recommande au Congrès de mettre en place plusieurs actions :

  • Eliminer ou réduire les dépenses d’eau en bouteille au Sénat et à la Chambre
  • Continuer l’enquête sur la réglementation du secteur de l’eau en bouteille et augmenter la pression du Congrès sur cette industrie afin d’améliorer sa transparence et les pratiques de divulgations
  • Renforcer le soutien aux systèmes de distribution d’eau publique à travers de programmes et de politiques , permettant de stimuler le financement public et ainsi d’investir dans des infrastructures du secteur hydrique

Le groupe Nestlé vend pourtant des bouteilles recyclables mais certains représentants du Congrès considèrent cela insuffisant  et stigmatisent les dépenses inutiles.

* « Si la responsabilité financière est l’objectif du nouveau Congrès, je voudrais leur rappeler que le prix de l’eau du robinet est d’un penny par gallon, et que l’eau en bouteille coûte presque cent fois plus »

USA : Un centre de Recherche et Développement mondial

La bonne gestion de l’eau est un enjeu majeur. Un centre de Recherche et Développement (R&D) mondial va probablement être mis en place dans la région de Milwaukee, région adjacente au Lac Michigan. Ce projet a pour finalité de faire de cette région la « Sillicon Valley » de l’eau.

Les 5 lacs que se partagent les Etats-Unis et le Canada forment le bassin d’eau d’eau douce le plus vaste de la planète. Les Grands Lacs représentent à eux seul 21% des réserves mondiales d’eau douce de surface. Ils fournissent de l’eau potable à plus de 10 millions de personnes.

Une région en plein développement

Au niveau académique, le Milwaukee possède le plus gros centre de recherche sur l’eau douce dans la région des Grands Lacs : « The Great Lakes Water Institute ». La région a lancé la première « School of Freshwater Sciences » en Amérique du Nord, ainsi qu’un programme en droit des eaux.

Au niveau économique, la région a créé le « Milwaukee Water Council », organisme en charge du développement d’un cluster régional comprenant environ 120 entreprises. Un des principaux thèmes de ce cluster concerne le processus complet du cycle de l’eau : extraction, assainissement, utilisation, retraitement, distribution. D’autres thèmes traitent de solutions environnementales, telles que la gestion des eaux de pluie.

Ce développement de la région a entrainé l’implantation de nombreux centres de R&D, ainsi que de nombreux partenariats. Ainsi Veolia Water a mis en place un laboratoire de travail conjointement avec le « Milwauke Metroplotan Sewage District », afin de soutenir la R&D et des programmes de transfert technologique.