Le Nil, un enjeu géostratégique et de puissance

Quentin CALLIES, actuellement étudiant à l’École de Guerre Économique, a publié un article sur le Nil et son rôle clé  dans la région. Vous trouverez son article ci-dessous ou à sa source, sur le site infoguerre.fr.

Le passage d’un fleuve ou d’un cours d’eau sur ses terres procure de nombreux avantages à la nation traversée. On peut citer les avantages économiques, pour l’irrigation des terres arables ou pour permettre à la population de s’abreuver, logistique, pour la circulation des marchandises, ou encore environnementaux avec un climat plus « tempéré » à l’approche d’un fleuve. Pour en profiter pleinement, cela impose d’avoir la maîtrise du fleuve et de ses sources. En effet, le rapport de force entre pays au niveau des sources d’eau douce se calque sur leurs parcours. On distingue donc l’amont et l’aval. Plus le pays est proche de la source, plus son emprise sur le fleuve sera grande. Nous pouvons citer les exemples du Mékong et de la région de l’Ancienne Mésopotamie. Les sources du fleuve Mékong se trouvent sur les hauts-plateaux tibétains, maitrisés par les Chinois. Tout au long du parcours, des barrages ont été construits pour développer la production hydroélectrique. Ces infrastructures et leur utilisation ont drastiquement diminué le débit du fleuve, et certaines zones plus en aval (Vietnam, Laos, Cambodge) sont touchées par la sécheresse due à cette baisse, ce qui débouche invariablement sur des tensions transfrontalières. D’autres projets de barrage sont encore à l’étude aujourd’hui et contribuent à envenimer les relations entre ces pays.

Du côté du Tigre et de l’Euphrate, la Turquie, qui maîtrise les sources venant du Taurus (zone de hauts plateaux), a développé un gigantesque projet hydroélectrique pour le développement de la région kurde. Ce ne sont pas moins de 22 barrages[1] qui sont sortis de terre et qui a donné ce surnom à la Turquie : Le robinet du Proche Orient. Le pays a donc mis sous pression les pays plus en aval, la Syrie et l’Irak. Des menaces de guerre ont plusieurs fois pesé sur la région, notamment lors des différents remplissages des lacs de retenue qui réduisent à peau de chagrin le débit des fleuves.

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Le séisme de la Lorca aggravé par une surconsommation d’eau ?

Quel est le lien entre une agriculture et un élevage intensifs gourmands en eau et le séisme qui a frappé la ville de Lorca le 11 mai 2011 ? Aucun a priori, si ce n’était celui que met en évidence une étude de sismologues de l’université de l’Ontario. La petite ville de Lorca a été frappée par un séisme, de magnitude de 5,1 sur l’échelle de Richter, qui a fait, en plus des sérieux dégâts matériels, 9 morts, 130 blessés, et 15 000 sans abris.

Des sismologues de l’université de l’Ontario ont, dans leur récente étude, trouvé un lien entre la surexploitation de la nappe et l’intensité du tremblement de terre. Durant les 50 dernières années, le niveau de la nappe a baissé de 250 mètres, essentiellement du fait de l’utilisation de l’eau par l’homme. En effectuant des simulations sur le lien entre l’activité sismique et le niveau des eaux souterraines, ils ont mis en évidence le fait que cette perte de volume a provoqué une rupture de la croûte terrestre à proximité de la faille Alhama de Murcia, qui correspond à la zone de convergence entre les plaques tectoniques eurasienne et africaine. La rupture a abouti à une réaction élastique de la croûte qui a accentué la pression sur la faille. Cela pourrait expliquer l’importance de la rupture à une aussi faible profondeur.

Il s’avère que l’épicentre du séisme se trouvait à seulement 3 km de profondeur, sur la faille Alhama de Murcia, et se situait à proximité d’une nappe phréatique dont le niveau à beaucoup baissé ces dernières années. La ville de Lorca est située dans le sud-est de l’Espagne, dans la région de Murcie. Cette nappe en plus d’alimenter en eau la population de Lorca sert son économie, qui repose en partie sur l’agriculture intensive et l’élevage porcin, toutes les deux très gourmandes en  eau, ajoutons à cela le boom du tourisme. En d’autres mots, les produits de la région vendus dans le reste de l’Europe qui ont soutenu l’économie locale, auraient fragilisé les fondations sur lesquelles la ville s’est construite, entrainant de millions d’euros de dégâts et des pertes humaines. Le problème remonterait aux années 60 quand la région Murcie décida d’intensifier sa production agricole et privatisa l’eau sous-terraine. Bien qu’une loi  limite le pompage d’eau, ce dernier continue ; on estime que 80% des puits pourraient être illégaux.

L’extraction de l’eau aurait très probablement accéléré un processus naturel sans déclencher la secousse à elle seule. Cette étude serait une première, en évoquant le possible lien entre un important séisme et l’exploitation d’une ressource sous-terraine par l’homme. 

60% de l’eau utilisée en France sert au refroidissement des centrales nucléaires.

En 2012, 39 départements étaient concernés par des restrictions d’eau (42 en 2011). Quarante-quatre des cinquante-huit réacteurs nucléaires en activité sont situées à proximité d’un fleuve ou d’une rivière(les quatorze autres sont en bord de mer). Les sécheresses que connait régulièrement le pays, peuvent-elles être à l’origine  d’une pénurie d’électricité ?

Eric BESSON, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie au sein du troisième gouvernement Fillon, avait mis en place en 2011, une cellule de veille sur la sécurité d’approvisionnement électrique de la France. Cette cellule a été créée en raison de l’exceptionnelle sécheresse que les français ont connue cette année. La sécheresse conduit à une diminution du débit dans les cours d’eau, ce qui peut avoir des conséquences sur l’électricité fournit par nos centrales nucléaires.

Il existe un lien fort entre le niveau des cours d’eau et le fonctionnement des centrales nucléaires (voir encadré). Sur les 19 centrales nucléaires françaises, presque toutes sont dans des zones en déficit d’eau. Quelles seraient les conséquences sur les réacteurs s’il venait à manquer d’eau ?

Lorsque le niveau d’eau d’une rivière baisse et dépasse un seuil d’alerte, et qu’il n’y a plus suffisamment d’eau pour les refroidir, les centrales nucléaires sont contraintes de réduire leur puissance  voire de stopper leur activité. L’arrêt d’un réacteur nucléaire doit être un minimum planifié, car même stoppé, il doit être continuellement être refroidi. En effet, si l’eau du circuit secondaire (qui lorsque transformée en vapeur, fait tourner la turbine produisant ainsi de l’électricité) n’a plus besoin d’être refroidie, le combustible qui se trouve dans la cuve du réacteur, quant à lui, continue de dégager de la chaleur et doit donc toujours être refroidi.

Il est question ici de sécurité énergétique. Aujourd’hui, le nucléaire représente 80% de notre mix énergétique. Parce qu’il ne rejette pas de CO2, les pros nucléaires explique que cette source d’énergie est une arme de lutte contre le réchauffement climatique. Cependant la bataille semble perdue sur ce front là. En effet, c’est ce même réchauffement climatique qui entraine à la fois une généralisation de la climatisation (et donc une augmentation de la demande en électricité) ainsi qu’un déficit des précipitations en été. Ce dernier impose de son côté, une réduction de la puissance des centrales. On se retrouve en quelque sorte dans un cercle vicieux énergétique. La question se pose, et si le futur de l’énergie, c’était moins d’energie ?

Les crises de l’eau dicteront-elles notre régime alimentaire ?

Les problèmes de stress hydrique nous imposeront des changements radicaux dans notre régime alimentaire. C’est ce que nous annonce une étude de la Stockholm International Water Institute qui sort alors que se déroule la semaine mondiale de l’eau (du 26 au  31 août à Stockholm) sur le thème « sécurité de l’eau et sécurité alimentaire ». Si nous continuons de suivre le régime alimentaire « occidental », alors la quantité d’eau disponible pour produire des denrées alimentaires sera insuffisante pour les 9 milliards d’humains qui habiteront notre planète en 2050. Afin d’éviter cette grave pénurie alimentaire annoncée, la population mondiale n’aura d’autre choix que de passer à un régime pratiquement végétarien.

Il existe une corrélation entre stress hydrique et crise alimentaire, et nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle à l’échelle mondiale dans les cinq prochaines années (en 2008, les pénuries alimentaires ont amené des troubles dans 28 pays). La surconsommation, la malnutrition et le gaspillage (1/4 de la nourriture produite dans le monde est jeté) sont en augmentation ; le besoin d’augmenter la production alimentaire (en 2050, elle devra augmenter de 70% pour satisfaire les besoins de la population mondiale) devra faire face à la contrainte de pénurie d’eau (ne parlons pas de la concurrence des autres usages de l’eau : énergie, industrie, piscine…).

Rappelons tout d’abord que la consommation de viande représente la seconde source d’émission de gaz à effet de serre (derrière le bâtiment et devant le transport). Ainsi, la production de viande participe de manière non négligeable à l’augmentation de la température de la Terre, et donc à la modification du cycle d’inondations et de sécheresses. Cette situation amènera une baisse des rendements agricoles et des revenus des paysans pauvres. La famine et la malnutrition s’aggraveront alors dans les populations à risque (Afrique Sub-saharienne, Moyen-Orient, et Asie du Sud) qui dépendent énormément de l’agriculture pour subsister et souffrent déjà de la pénurie d’eau

De plus, il est important de considérer notre régime alimentaire comme un moteur, et d’y optimiser son efficacité. Or, avec une alimentation aussi carnée, c’est loin d’être le cas : pour obtenir un steak de 450 grammes, il faut utiliser 4 kilos de céréales fourragères, soit un rendement de 11% seulement ; un hectare de céréales apporte cinq fois plus de protéine que ce même hectare utilisé pour produire de la viande ; un tiers des céréales cultivées aujourd’hui dans le monde sert à nourrir du bétail et non des êtres humains… Pour pouvoir nourrir la population mondiale dans les décennies à venir, et faire face à une plus grande pression sur l’eau et les terres disponibles, il faudra donc rentre notre moteur alimentaire beaucoup plus efficace en réduisant considérablement notre consommation de protéines animales (on parle d’une réduction d’au moins 15%).

Faut-il faire de la viande un bien de luxe réservé aux riches, et condamner des millions de paysans pauvres à la malnutrition ? Bien sûr que non. Il est donc urgent d’élaborer une  nouvelle recette.

Adopter un régime davantage végétarien apparait donc comme une solution pour avoir davantage d’eau disponible pour cultiver plus d’aliments. Un régime riche en protéine animale consomme 5 à 10 fois plus d’eau qu’un régime végétarien. Aujourd’hui, il n’existe quasiment aucune politique visant à nous préparer à cette transition alimentaire. Nos dirigeants n’osent-ils donc pas s’attaquer au régime carné auquel nous sommes tant attachés ?

Tentative ratée de déstabilisation de la Lyonnaise des Eaux.

La distribution de l’eau est un marché comme un autre. La concurrence existe et les différents acteurs, publics et privés, n’hésitent pas à faire l’usage  « d’armes informationnelles ». En mettant en place la régie publique « Eaux des lacs de l’Essone » et sa tarification progressive de l’eau, Gabriel AMARD, secrétaire nationale du Parti de Gauche et maire honoraire de Viry-Chatillon, savait qu’il entrait sur le pré carré de certaines régies privées.  C’est en effet, le site Marianne2.fr qui a révélé que la branche Île-de-France Sud de la Lyonnaise des Eaux avait commandé une opération de déstabilisation à Vae Solis, un cabinet qui fait du conseil en « stratégie de communication et gestion de crise ». De plus, la régie compte dès 2013 arrêter son contrat avec la Lyonnaise des Eaux, et  se raccorder au réseau d’Eau de Paris qui dispose d’une régie autonome.

La mission confiée à Vae Solis comporte deux objectifs. Premièrement, la diffusion « de manière indirecte des messages mobilisant les parties prenantes du débat sur la gestion de l’eau, afin de limiter les conséquences néfastes de la communication du Président de la communauté d’agglomération ». Et deuxièmement, « empêcher la mise en œuvre de la collaboration de la communauté d’agglomération avec Eau de Paris ». Pour remplir ce cahier des charges, le cabinet présente une méthode en plusieurs volets. Cela va de la diffusion d’information et d’éléments de langage aux opposants de ce projet à la mise en place d’un faux blog.

Le blog s’appelle monvirynature, son auteur est censé être un écologiste local qui prend position non seulement contre AMARD mais aussi contre Eau de Paris, en mettant notamment en doute la qualité de l’eau et notamment son effet sur les femmes enceintes et les enfants en bas âge. Derrière ce blog se cache en fait la Lyonnaise des Eaux Île-de-France Sud et Vae Solis.  Si aujourd’hui, le blog a été supprimé, on peut toujours avoir une idée du ton utilisé et des cibles sur le compte twitter d’EcoloViry. Internet, les réseaux sociaux, les média traditionnels, la volonté de créer un buzz, l’exploitation de failles dans l’argumentaire ; on reconnait ici des techniques de guerre de l’information…


Depuis la révélation de l’affaire au mois de juillet, l’information a été surtout relayée par des journaux de gauche. Petit détail,  marianne2.fr nous apprend que le directeur général de Vae Solis au moment des faits, Antoine BOULAY, est aujourd’hui chef de cabinet de Stéphane LE FOLL, Ministre de l’agriculture de François HOLLANDE !

Sur son site internet, Vae Solis a publié un communiqué où il  nie la volonté de déstabilisation que les journaux lui prêtent, qualifie son action « d’expression démocratique, condition nécessaire au débat public », et nous apprend qu’il porte plainte contre X pour vol de documents confidentiels.

Quoiqu’il arrive par la suite, nous suivrons les différents développements ; l’enjeu est de taille, c’est de deux modèles économiques de distribution de l’eau dont il est question…